Sim Copans à propos de la perception du jazz en France et aux États-Unis

Interview de Sim Copans par Maurice Blettery, émission À la recherche du jazz, 26 juillet 1956

Animateur de radio et spécialiste de jazz de nationalité américaine, Sim COPANS explique que d'après son expérience, le jazz est perçu d'une manière différente en France et aux Etats-Unis. Selon lui, les jeunes américains considérent le jazz comme une musique "de danse" alors qu'en France, les amateurs de jazz envisagent le jazz comme une "manifestation de la culture américaine" majeure.

Extrait du livre Le souffle de la liberté, Nicolas Beniès

Comment Sim Copans est devenu «homme de radio»

Le souffle de la liberté, p. 41

Comment, la question brûle les lèvres, est-il devenu un homme de radio ? « Au début, mon rôle était d’entretenir les relations avec la radio française. À la fin de 1944, j’ai négocié un échange [...] La Voix de l’Amérique a proposé le marché suivant : sur ses émetteurs parisiens, les Américains diffuseraient une émission culturelle et, en échange, les professionnels français présenteraient des informations diffusées dans le monde, et notamment en Algérie. » La Voix de l’Amérique avait élu domicile 11bis rue Christophe Colomb – difficile de l’oublier – un local fourni par la radio française après la Libération de Paris. Les forces armées américaines y avaient construit un studio moderne « nommé Roosevelt par le ministre français ».

À l’époque, poursuit Sim, la radio passe de la variété, de la country mais pas de jazz. Ils obtiendront cependant l’autorisation d’enregistrer des concerts de jazz qui seront utilisés, dès cette époque, par la radio française. Notamment un concert de Duke Ellington qui sera, pour Sim, l’occasion de sa première rencontre avec Hughes Panassié. Si j’en crois ses mimiques, elle n’a pas dû lui laisser un bon souvenir. Les deux hommes n’avaient pas grand-chose en commun.

« Lorsque l’American Forces Network – la radio des forces armées américaines – a décidé de suspendre ses émissions le 31 décembre 1946 à minuit, j’ai suggéré que son émetteur soit vendu à la France. » Et la première émission fut confiée à Sim Copans. Panorama du jazz américain débuta alors son parcours sur les antennes de la radio nationale.

Il ajoutera dans l’entretien qu’il m’avait accordé, que Bravig Imbs qui fut le fondateur de ces émissions, avec un mélange de jazz, de folk et de leçon de français pour Américains comme de cet anglais spécifique pour les Français, s’était tué dans un accident de Jeep en 1946. Une circonstance supplémentaire, malheureuse, qui lui a permis de devenir l’homme de radio que l’on connaît. Bizarreries de cette époque de basculement. Il ajoutera que, après cette mort, il n’y avait plus d’émissions régulières de jazz sur la radio française.