Lambeth Walk: Nazi Style - Charles A. Ridley (1941)

Réalisé en 1941 par l'anglais Charles A. Ridley, ce court film peut être considéré comme le premier remix politique.

Quand les nazi décrétèrent que «The Lambeth Walk», grand succès européen, était une «une gesticulation animale et une diablerie juive», Ridley choisit d'utiliser des images du film «Le triomphe de la volonté» de Leni Riefenstahl pour faire danser les soldats allemands sur le rythme de la musique.

On raconte que Goebbels fut pris d'une rage folle en découvrant ce film, et qu'il inscrivit Charles A. Ridley sur la liste rouge, à exécuter quand les troupes nazis entreront à Londres...

Berlin - Swing tanzen verboten! «Lambeth Walk» - 1938

L'orchestre de Hans Rehmstedt était un des principaux groupe de danse en Allemagne dans les années trente, alors que la plaque «Swing tanzen verboten» était apposée en lettres gothiques sur la façade des music-hall et des clubs.

Le titre à la mode «Lambeth walk» était extrait de la comédie musicale «Me and my girl» (scénario et paroles de Douglas Furber et L. Arthur Rose, musique par Noel Gay) et prenait sa source dans une rue du quartier Lambeth de Londres. Il eu son heure de gloire quand le Times d'octobre 1938 titrait : «Quand les dictateurs s'agitent et que les responsables bavardent, toute l'Europe danse sur The Lambeth Walk».

Pour éviter la censure, le groupe allemand renomma le titre «In Lambert's Nachtlokal».

Début 1939, le Parti Nazi déclara la Lambeth Walk «une gesticulation animale et une diablerie juive». Ce qui incita l'anglais Charles A. Ridley a utiliser la musique pour créer ce qui peut être considéré comme le premier mashup politique : on y voit les soldats allemands et Hitler suivre le rythme de danse de la musique du Lambeth Walk.

Extrait du livre Le souffle de la liberté, Nicolas Beniès

Swing Tanzen verboten

Le souffle de la liberté, p. 61

Contrairement donc à une idée répandue, fausse, le jazz ne fut pas interdit en France. Pas plus qu’en Allemagne. Des groupes de jazz allemands enregistrent, vendent des disques. Charlie et son orchestre, reprendra des grands thèmes du jazz pour y mettre des paroles à la gloire d’Hitler ou pour saper le moral des troupes alliées. Quand il s’agit de propagande, le régime nazi ne craint pas de se servir de cette musique dite dégénérée.

En revanche, ce qui est vrai, c’est l’interdiction de danser, de se trémousser. «Swing Tanzen verboten», cette menace s’étalait en gros sur les disques comme à l’entrée des salles de concert. Il fallait écouter le jazz sans quasiment bouger. Mission impossible.

Cette interdiction se comprend de deux façons. La musique swing, pour employer le terme de l’époque, est une musique dégénérée comme le répètent sur tous les tons les dignitaires nazis. La danse qui en découle ne peut être le fait que de «dégénérés» que l’on ne peut laisser s’afficher en public. Sinon la « race aryenne » serait éclaboussée.

Plus fondamentalement, cette danse est proche de la transe, elle suppose de sortir de soi. C’est un danger. Renforcé par la nécessité de la rencontre pour faire tanguer les corps. La rencontre avec l’Autre, c’est sortir de l’isolement des individus. Toutes les dictatures ont besoin d’emprisonner l’individu dans sa solitude pour effacer toutes possibilités de résistance collective